Cobalt (Co)

Aéronautique et spatial Batteries Défense Médical Piles à combustible et technologies hydrogène Robotique
Le cobalt est un métal de transition voisin du fer et du nickel, de couleur blanc-gris argenté sous sa forme élémentaire obtenue uniquement après raffinage. Le cobalt est un élément ferromagnétique possédant le point de Curie le plus élevé connu (1 111 °C), température à laquelle il perd son aimantation spontanée. Cette propriété explique sa large utilisation dans différents types d’aimants permanents. Le cobalt est un oligo-élément essentiel aux êtres vivants, entrant dans la composition de la vitamine B12. Le cobalt n’est quasiment exploité que comme un sous-produit des mines de cuivre en République Démocratique du Congo et en Zambie, et un sous-produit des mines de nickel (latéritique ou sulfuré) ailleurs (Russie, Cuba, Nouvelle-Calédonie, etc.).
Matrice de criticité
Forte criticité

Usages et consommation

Usages mondiaux du cobalt en 2022

Consommation totale en 2022
187 kt Co
Source de données : Cobalt Institute 2024

 

Principaux usages du cobalt dans le monde en 2022

  • Véhicule électrique - 40% (Li-ion, Ni-MH, Ni-Cd) : Le cobalt entre dans la composition des cathodes. Nombreux secteurs d’applications : mobilité, etc.
  • Portable - 30 % : dans l'électronique
  • Superalliages – 9% : Alliages réfractaires à base de nickel, ces derniers sont utilisés dans les parties chaudes des turboréacteurs pour l’aéronautique et les turbines des centrales électriques à gaz. Le cobalt peut représenter jusqu’à 30% de la composition totale.
  • Carbures cémentés et outils diamantés – 5% : interviennent dans le secteur de l’industrie comme outils d’usinage et de coupe, notamment dans les filières de tréfilage ou de compactage, d’outils de gros œuvre et travaux publics (tunneliers, forages, terrassements, excavateurs, etc.).
  • Catalyseurs – 3% : dans les industries chimiques et pétrochimiques (désulfuration des hydrocarbures, fabrication de précurseurs au téréphtalate de polyéthylène, procédé Fischer-Tropsch pour la synthèse d’hydrocarbures liquides à partir de charbon, etc.).
  • Céramiques et pigments – 3% : industries de la céramique, du verre et des émaux, ainsi que dans les beaux-arts, la teinture et la décoration.
  • Autres – 10%, dont :
    • Agents séchants et pneumatiques : utilisés comme agent siccatif pour les peintures et les encres, et comme promoteur d’adhésion caoutchouc-acier dans les pneumatiques.
    • Alimentation animale (le cobalt est un oligo-élément entrant dans la composition de la vitamine B12).
    • Rôle d’adjuvant dans les bains d’électrolyse du Cu, en radiothérapie, ou dans la joaillerie du platine.

 

Perspectives d’évolution de la consommation globale

  • La consommation mondiale de cobalt s’oriente vers une forte croissance (7-10 %/an), tirée par le secteur de stockage de l’énergie (batteries rechargeables) et des superalliages (bien que le secteur de l’aéronautique ait été très fortement affecté par le contexte de pandémie mondiale en 2020). Elle devrait atteindre 200 kt Co à l’horizon 2025.
  • Malgré une tendance de fond vers la substitution du cobalt par du nickel dans les batteries Li-ion équipant les véhicules électriques, les batteries rechargeables équipant les appareils électroniques privilégient de fortes teneurs en cobalt et représentent 60% de l’usage du cobalt au sein des batteries rechargeables. Ainsi, le développement des technologies compatibles 5G devrait contribuer à tirer la demande en cobalt vers le haut.

Production mondiale

Production minière de cobalt en 2022

Production minière mondaile en 2022
environ 163 kt Co
Source de données : BRGM 2024, ICG 2024

 

La substance est-elle est un sous-produit ? Oui, très majoritairement

  • Environ 98% du cobalt est extrait en co-produit ou sous-produit de l’extraction du minerai de cuivre en (République Démocratique du Congo, Zambie, etc.), de l’extraction de minerai de nickel sulfuré (Russie, Canada, Australie, etc.) ou de minerai de nickel latéritique (Cuba, Indonésie, Australie, Philippines, Madagascar, etc.).
  • Quant au cobalt produit en tant que substance principale, il provient exclusivement de la mine de Bou- Azzer, au Maroc et il représente 1 à 2% de la production mondiale.

 

Production minière mondiale 2022

  • La production minière de Co a été de 163,2 kt Co.

 

Principaux pays producteurs miniers en 2019

  • Les principaux pays producteurs en 2019 sont : RDC (71%), Indonésie (6%), Russie (5.5%)
  • Concentration élevée : IHH = 0,51

 

Variation sur 10 ans de la concentration de la production minière mondiale

En dix ans (2009-2019), la part de la RDC dans la production mondiale est passée de 56 % à 72 % au détriment des autres producteurs historiques (Chine, Australie, Brésil, Russie) et l'indice IHH est passé de 0,34 à 0,53. La concentration de la production a fortement progressé.

 

Production métallurgique mondiale 2019

  • Production primaire: En 2019, la production métallurgique est estimée à 125,9 kt Co avec pour principaux producteurs: la Chine (64%), la Finlande (11%), le Canada (5%) et la Belgique (5%).
  • Concentration élevée : IHH = 0,42
  • Production secondaire : Peu de données, estimations variant selon les sources. Roskill estime entre 10 et 15 kt l'approvisionnement du marché en cobalt secondaire. Pour l'UNEP, il serait de l'ordre de 25 kt (provenant principalement des   chutes de fabrication réutilisées   en boucle   courte, "new   scrap").

Ressources et réserves de cobalt

Répartition des réserves de Cobalt en 2023

Réserves totales 2023
env. 11 Mt Co
Source de données : USGS, 2024

 

Réserves connues et évolution

  • 11 Mt Co, équivalent à 65 ans de production au rythme d’extraction de 2022.
  • Du fait du manque de renouvellement des réserves estimées par l’USGS (env. 7 Mt Co en 2002 et en 2019) et du fort développement de la production minière, le temps d’épuisement théorique est passé d’environ 150 ans en 2002 à 65 ans en 2022)

 

Répartition géographique des réserves

  • La RDC concentre la moitié des réserves mondiales de Co (57%), le reste des réserves se trouvant principalement en Australie (16.1%) et à Cuba (4.7%)
  • Concentration modérée à forte : IHH = 0,36.

Substituabilité

Substitutions possibles dans plusieurs applications, la plupart du temps avec pertes de performances :

  • Dans le domaine des batteries Li-ion, la substitution du cobalt est possible par des technologies alternatives ou des changements de compositions au sein d’une même technologie (augmentation des teneurs en nickel et manganèse dans les technologies NMC notamment, avec une performance adéquate mais avec un compromis potentiel sur la stabilité thermique et la sécurité).
  • Dans les superalliages et autres alliages, le cobalt peut être substitué par d’autres métaux comme le molybdène, le niobium ou le rhénium, en fonction des applications et performances recherchées.
  • Dans les carbures cémentés, les matériaux tels que le nickel, le fer, l’aluminium peuvent être des substituts du cobalt. Ces changements de composition entraînent toutefois une perte de performance des propriétés essentielles du produit telles que la résistance à l’usure et la dureté.
  • Dans le domaine des aimant permanents, d’autres technologies existent, en particulier la technologie NdFeB à base de terres rares (néodyme, praséodyme, dysprosium) ou certaines plus économiques avec pertes de performances (ferrites).
  • Dans le secteur de la catalyse, d’autres métaux tels que le ruthénium, le molybdène, le nickel et le tungstène peuvent être utilisés à la place du cobalt, par exemple dans l’hydro-désulfuration. Le rhodium peut servir de substitut aux catalyseurs d’hydro-formylation. Pour les catalyseurs chimiques, le platine et le palladium sont également des substituts potentiels du cobalt. Le ruthénium et le fer sont des substituts disponibles pour la production de biodiesel (processus Fischer–Tropsch).
  • Dans le secteur des céramiques et des pigments ainsi que pour les agents séchants, la substitution du cobalt peut se faire par l’utilisation de composés de manganèse, de plomb ou de vanadium comme agents colorants.
  • Dans le domaine médical, des alliages à base de titane ou de zirconium oxydé sont des substituts de l’usage de cobalt dans les prothèses.

Recyclage

Production secondaire

  • Peu   de    données,    estimations    variant    selon    les    sources.    Roskill    estime    entre    10    et    15 kt l'approvisionnement du marché en cobalt secondaire. Pour l'UNEP, il serait de l'ordre de 25 kt (provenant principalement des chutes de fabrication réutilisées en boucle courte, "new scrap") .

 

Taux de recyclage

  • Les chutes de fabrication (« new scrap ») sont largement recyclées et de nombreux produits en fin de vie (« old scrap ») sont retraités pour la récupération du cobalt.
  • L’UNEP estime que le contenu des approvisionnements en cobalt secondaire est de 32% et le taux de recyclage du cobalt en fin de vie à 58%.
  • La Commission Européenne, quant à elle , évalue le taux de recyclage en fin de vie à 35%

 

Durée de vie et taux de recyclage des produits contenant du cobalt

Application

Durée de vie (années)

Taux de recyclage (%)

Superalliages

5

90

Catalyseurs

2-8

0-89

Batteries

2,5-8

10-90

Aimants permanents

5

10

Carbures cémentés

1

15-75

Chimiques et autres

1

-

Prix

Établissements des prix

  • Cotation publique au London Metal Exchange (LME) depuis 2010. Fourchettes de prix quotidiennes également publiées par Argus Media.

 

Variations des prix

  • Prix moyen 2020 (janvier-octobre 2020) : 31 176 US$/t
  • Ecart-type relatif sur 1 an : +/- 7,1 %
  • Évolution du prix sur 1 an :   -11,6 %
  • Ordre de grandeur de la valeur du marché du Co métal 2020 (31 176 US$/t, prix moyen 2020 x 137 800 t, production minière en 2019) : environ 4,3 G US$

Restrictions au commerce extérieur, réglementations

Restrictions au commerce international

  • Le cobalt n’est pas concerné par la loi Dodd-Frank relative aux minerais provenant de zones en conflit ;
  • Le cobalt n’est pas concerné par le règlement l’Union Européenne relatif aux minerais de conflit entrant en vigueur au 1er janvier 2021 (s’appliquant aux 3TG, soit l’étain, le tantale, le tungstène, ainsi qu’à l’or). Ce règlement pourrait cependant être élargi à l’avenir.

 

Autres

  • La troisième édition du Guide OCDE sur le devoir de diligence rappelle clairement son applicabilité à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement en ressources minérales, y compris les minerais de cobalt.
  • La Commission européenne a proposé un nouveau règlement relatif aux batteries fin 2020 dont l’objectif est de faire en sorte que les batteries mises sur le marché de l'Union soient durables, compatibles avec une économie circulaire, performantes et sûres tout au long de leur cycle de vie, et qu'elles soient collectées, réaffectées et recyclées, devenant ainsi une véritable source de matières premières valorisables. À cet effet, la proposition établit des exigences spécifiques à chaque étape de la chaîne de valeur des batteries et devrait introduire un devoir de vigilance sur les métaux des batteries.

 

Règlementation REACH

  • Les composés de cobalt inorganiques, le cobalt métal et les carboxylates de cobalt sont concernés par REACH
  • 5 sels de cobalt (dichlorure, sulfate, diacétate, dinitrate et carbonate de cobalt) sont considérés cancérigènes, toxiques pour la reproduction et figurent sur la liste des substances extrêmement préoccupantes candidates en vue d'une autorisation. Selon la restriction , les sels de cobalt ne pourraient pas être fabriqués, mis sur le marché ou utilisés à moins qu’une valeur limite d’exposition de référence ne soit démontrée.
  • Le Co métal est aujourd'hui concerné par une procédure de classification harmonisée pour des propriétés CMR (Cancérogènes, Mutagènes ou toxiques pour la Reproduction). Si celle-ci était adoptée, des priorisations seraient possibles qui pourraient conduire à des limitations ou interdictions (annexe XIV) d'utilisation. Le simple fait que le Co soit considéré comme CMR entraînera par ailleurs une obligation de rechercher des substituts au titre du droit du travail (transposant la directive CMD 2004/37)

Production française & DROM COM et ressources

Production minière

  • La France n’a pas de production minière.
  • La Nouvelle-Calédonie produit du cobalt en sous-produit des latérites nickélifères. En 2019, l’extraction de latérite dont le cobalt est valorisé s’est élevée à environ 1,7 Mt (tonnage humide), soit 23 kt Ni métal

 

Production métallurgique

  • France :
    • Eramet produit des composés de cobalt de haute pureté à Sandouville (76) à partir de mattes de Ni-Co. Jusqu’en 2016, ces mattes provenaient de Nouvelle-Calédonie mais depuis 2016, Eramet utilise des mattes finlandaises provenant de l’usine de Boliden à Harjavalta. La capacité théorique de l’usine, à partir de 25 000 t/an de mattes, est de 13 000 t/an de nickel de haute pureté (99,99 %), 2 300 t/an de nickel contenu dans des sels et 400 t/an de cobalt. En 2018, la production aurait été d’environ 50 t de Co mais n’a pas été publiée en 2019. En utilisant les données du commerce extérieur français, on peut estimer la production 2019 à 250 t Co (Cf. 9-Commerce extérieur)
    • Darton Commodities évoque une production de 350 t de cobalt en 2019, mais celle-ci semble plutôt indiquer la capacité de production de cobalt de l’usine de Sandouville.
    • Part de la production métallurgique mondiale 2019 : <0,3%
  • Nouvelle-Calédonie :
    • Le site de Goro (VNC) a produit 1 240 t de carbonate de cobalt d’après la DIMENC tandis que Vale reporte une production de 1 703 t. La différence entre ces deux valeurs pourrait provenir d’une variation de la méthode de calcul du contenu en cobalt.

 

Ressources

  • France : aucune évaluation précise
  • Nouvelle-Calédonie : évaluation soumise aux prix de récupération en sous-produit du nickel. Réserves évaluées à 64 kt Co (Vale, 2017) et 140 kt Co (compilation S&P Global), soit respectivement 0,1% et 0,2% des réserves mondiales actuelles.

La filière industrielle en France

Entreprises minières françaises

  • Eramet (75-Paris, www.eramet.com) s’est associé au groupe chimique allemand BASF pour évaluer conjointement le développement d’un projet hydrométallurgique de nickel-cobalt raffinés via une unité de lixiviation par acide haute pression (HPAL) et une raffinerie de métaux de base, prévu pour le milieu de la décennie 2020. L’usine HPAL traitera localement du minerai provenant du gisement de Weda Bay (Indonésie) détenu à 57% par le géant chinois Tsingshan et 43% par Eramet. Ce développement pourrait permettre de produire jusqu’à 42 000 t Ni et 5 000 t Co annuellement.

 

Filière métallurgique

  • France :
    • Eramet (75-Paris, www.eramet.com) produit des composés de cobalt de haute pureté destinés à de nombreuses applications (catalyse, électriques, galvanoplastie etc.) à partir du traitement de mattes de nickel provenant de Finlande. Site de production situé à Sandouville (76).
    • Aérométal (71-Cergy, www.aerometal.fr) recycle les déchets d'industries spécialisées et valorise les métaux dont le Co à partir des alliages et superalliages.
    • SNAM (12-Viviez et 38-Saint Quentin Fallavier, www.snam.com), filiale du groupe belge Floridienne, recycle entre autres des batteries Li-ion dont le Co sert à fabriquer le mélange MELCO (10-30% Co) qui est utilisé comme additif dans les pigments, le verre et la peinture.
    • Valdi (75-Paris, www.eramet.com/valdi), filiale d'Eramet, valorise à travers le recyclage des piles, catalyseurs et oxydes métalliques plusieurs métaux dont le Co à destination des aciéristes. Site de production situé à Commentry (03).
    • SARPI (78-Limay, www.sarpi.veolia.com), filiale de Veolia, s’est associée à Solvay pour créer un écosystème circulaire pour les batteries de véhicules électriques et hybrides en Europe. Il permet la réutilisation de matières premières critiques et rares, dont le cobalt, nickel et lithium utilisables pour produire de nouvelles batteries. Nombreux sites de production en Europe et dans le monde.
  • Nouvelle-Calédonie :
    • Vale Nouvelle-Calédonie/VNC (98-Nouméa, www.vale.nc) produit et exporte principalement vers la Chine et l’Europe des carbonates et oxydes de cobalt.

Commerce extérieur, consommation française

Consommation française apparente en 2019 (production + importations – exportations)

  • Consommation apparente estimée à 1 558 t de cobalt métal et mattes de cobalt, et 2 595 t pour tous les produits bruts et intermédiaires contenant du cobalt. Pour cela, la production métallurgique française de Co a été estimée à environ 250 t en 2019 par deux méthodes :
    • Les importations de mattes de nickel finlandaises ont été de 15 364 t en 2019. Or, en prenant les capacités annuelles de traitement des mattes de nickel à Sandouville (25 000 t), on peut calculer que l’usine a utilisé 62% des capacités nominales. Or, Eramet annonce pouvoir produire 400 t Co annuellement à plein régime, l’utilisation à 62% aurait permis de produire 246 t Co.
    • En faisant l’hypothèse que les mattes finlandaises contiennent 1,7% de Co, ce qui donne 261 t Co après traitement de ces mattes.

 

Recyclage en France

  • Non évalué, données confidentielles des principaux recycleurs (Aérométal, SNAM, Valdi, SARPI)

Evaluation de la criticité

Très fort Fort Moyen Faible Très faible Très faible Faible Moyen Fort Très fort Importance stratégique pour l'industrie française Risques sur les approvisionnements