Matières premières critiques

La criticité des métaux est un sujet complexe qui a fait l'objet de nombreux travaux depuis une dizaine d'années. C'est une notion variable dans le temps qui s'exprime selon deux axes : la disponibilité de la substance et son importance économique. Elle se traduit la plupart du temps par un signal prix qui incite les acteurs économiques à prendre des dispositions pour en atténuer les effets, soit en augmentant la disponibilité (nouvelles ressources) soit en réduisant les besoins (changements technonologiques). Dans ce contexte la connaissance et la compréhension de la chaine de valeurs de chaque substance revêt une importance particulière pour l'anticipation des besoins.

Page réalisée à partir de la présentation de M. Labbé (BRGM) au séminaire du Comes sur la criticité des métaux (2017).

Quelques définitions : Métal critique, Métal rare, Métal stratégique

Métal critique : pouvant entrainer des impacts industriels ou économiques négatifs importants liés à un approvisionnement difficile, sujet à des aléas.

Métal stratégique : indispensable à la politique économique d'un État, à sa défense, à sa politique énergétique (exemple : métaux pour la transition énergétique).

Métal rare :
- au sens Géologique / géochimique : dont l'abondance moyenne et/ou la disponibilité (capacité à se concentrer en gisements) est faible dans la croûte terrestre (exemple : le cérium, la plus abondante des Terres  Rares, constitue 0,006 % de la croute terrestre : rare ou pas ?)
- au sens industriel : métal peu usité, en particulier dans des applications grand public (exemple, le Rb est plus abondant que Cu, Zn ou Ni, mais il sera plus facilement classé comme métal rare que ces 3 derniers).

Le cours des métaux, un marqueur des crises

  

Faits marquants sur le développement de la notion de criticité

2007 : Études sur matières premières minérales critiques pour l'économie des USA (NRC/USGS, publiée en 2008 ; DOE)
2007 : création de l'International Resource Panel par le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement), qui a publié depuis 2009 une succession de rapports sur la criticité des métaux, leur recyclage, leur potentiel de substitution, etc.
2008 : adoption par la Commission Européenne de la "Raw Material Initiative" pour définir une stratégie sur la problématique de l'accès de l'UE aux matières premières. Publication de "Listes de Matières Premières Critiques". Une première version, élaborée en 2009-2010, a été publiée en juillet 2010. Elle a été suivie de 2 mises à jour, l'une publiée en mai 2014 et l'autre en septembre 2017 (document daté de juin 2017).

En France,
Janvier 2010 : Lancement d'un "Plan d'Action pour les métaux stratégiques", concrétisé par la réalisation de panoramas sur les marchés des métaux mineurs, à commencer par Ga, Ge, Nb, TR, avec une évaluation de leur criticité ;
24 janvier 2011, création du COMES (Comité pour les Métaux Stratégiques), chargé "d'assister le ministre chargé des mines dans l'élaboration et la mise en œuvre de la politique de gestion des métaux stratégiques, en vue de renforcer la sécurité d'approvisionnement nécessaire à la compétitivité durable de l'économie."

 

A noter de nombreuses autres études et revues de criticité des matières premières minérales au Royaume-Uni (BGS), en Allemagne (BGR, Fraunhofer Inst.), au Japon, etc.

Depuis plusieurs années, ces travaux s'intéressent de plus en plus aux nouvelles demandes en ressources minérales induites par la transition énergétique.

 

Evaluation de la criticité d'une substance

Pour un acteur économique ou une économie, la criticité d'une substance minérale s'apprécie classiquement selon deux axes :

  • Les risques pesant sur les approvisionnements ("Supply Risk", SR) : quels sont les risques pesant sur la pérennité et la suffisance des approvisionnements ?
  • L'importance économique ("Economic Importance", EI), reflétant la vulnérabilité de l'économie à une éventuelle pénurie d'approvisionnement – qui se traduirait par une envolée des prix –, voire à une rupture d'approvisionnement.

Pour l'US National Research Council (2007) ou la Commission Européenne (2010), un métal ou un minéral est "critique" s'il est à la fois essentiel dans son usage et sujet à d'éventuelles restrictions d'approvisionnement.
De très nombreuses études ont été menées ces dernières années sur cette criticité, et continuent à être publiées, aussi bien de la part des institutions que de la part de certaines entreprises. Il existe diverses variantes d'évaluation de la criticité des matières premières minérales (MPM), mais toutes en général convergent sur l'analyse de ces deux paramètres. Ci-après deux exemples d'approche, la première dichotomique avec un choix de seuil pour définir la criticité des substances (approche utilisée par la Commission européenne), la seconde relative où chaque substances est plus ou moins critique que les autres substances. Cette dernière a été retenue par le BRGM pour ses travaux sur la criticité. Enfin, il existe des analyses faisant intervenir une troisième dimension ; celle-ci est utilisée pour représenter distinctement une composante, par exemple la composante environnementale.

 

 

 

 

 

Pour évaluer l'importance stratégique et les risques pesant sur l'appovisionnement, chaque substance est analysée sur l'ensemble de la chaîne de valeur, depuis son extraction, sa production jusque son recyclage en passant par ses utilisations. La partie utilisation peut être très complexe, puisque de nombreuses substances interviennent dans la production de produits finis tels qu'un avion ou une automobile.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque maillon de la chaine de valeur est appréhendé afin d'analyser les risques qui pèsent sur cette phase. Les risques sont nombreux et peuvent être synthétisés comme suit:

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de ces facteurs, le facteur temporel doit être pris en compte. La flexibilité de l'offre minière pour répondre à une éventuelle forte hausse de la demande (en cas d'évolutions technologiques par exemple) est limitée par les délais nécessaires pour mettre en œuvre de nouveaux projets miniers, qui est en moyenne de 10 à 15 ans. Ces décalages inévitables contribuent à la volatilité et à une certaine cyclicité des prix, lesquelles sont par ailleurs amplifiées par la spéculation.

 

Etude du BRGM sur la criticité des métaux dans le cadre des travaux du COMES

Ces travaux ont été effectués pour le compte du Ministère chargé des matières premières.

Le BRGM a mené des travaux pour fournir des éléments de détermination de l'exposition de la France aux risques pesant sur les approvisionnements en chacune substances investiguées et leur importance pour l'économie française. Le résultat des ces travaux se présente sous deux formats : le premier appelé "monographie ou panorama de marché", il consiste en une analyse détaillée de toute la chaine de valeurs et le second appelé "fiche de criticité", correspond à une retranscription très synthétique du premier mise à jour dans le temps. Pour ces deux types de productions, couvrant environ quarante substances, une analyse de la criticité est fournie.

L'ensemble de ces analyses est compilé dans une matrice qui traduit la sensibilité du tissu industriel français aux métaux critiques analysés.

 

   

Dernière mise à jour le 06.11.2018