Avec une croissance démographique soutenue depuis plus de quatre décennies, la construction de logements et d’infrastructures représente un défi majeur pour la Guyane, marquée par la persistance des formes d’habitat informel ou illicite. Pilier économique du territoire, le secteur du BTP connaît toutefois des coûts d’approvisionnement en matériaux plus élevés que dans les régions hexagonales. Pour y remédier, le recours à des granulats marins a été envisagé dans plusieurs documents de planification en Guyane, notamment par la Collectivité territoriale de Guyane (CTG).
Pour éclairer les choix en matière d'approvisionnement, une étude du Bureau de la politique des ressources minérales analyse les conditions d’émergence d’une filière de granulats marins en Guyane, alors qu’une première caractérisation géologique des gisements marins a livré des résultats encourageants en 2024.
En Guyane, la production de granulats pour le BTP est constituée à plus de deux tiers de granulats concassés issus de roches massives. Les ressources en sables et graviers sont également exploitées mais une grande partie des gisements sont inexploitables pour des raisons environnementales ou urbanistiques. L'étude estime que le renouvellement des carrières existantes devrait permettre de répondre aux besoins de la Guyane au moins jusqu'en 2040. Pourtant, l’inégale répartition géographique des gisements exploitables est à l’origine de déficits locaux en matériaux, qui induisent des flux de granulats pénalisants en termes de coûts et d’émissions de gaz à effet de serre. C’est notamment le cas du bassin de Cayenne, peu pourvu en sables de qualité et s’alimentant depuis l’ouest de la Guyane. La région de Saint-Laurent, quant à elle en déficit de roches massives concassées, en importe en partie depuis le Suriname.
Dans ce contexte de production et de consommation, les granulats marins pourraient approvisionner le bassin de Cayenne, où se concentre l’essentiel de l’activité économique guyanaise. Cette nouvelle filière constituerait ainsi une alternative de qualité aux granulats concassés pour la confection des bétons. Une estimation des coûts réalisée à partir du modèle économique observé dans l’Hexagone suggère en particulier qu’un approvisionnement en granulats marins de Cayenne pourrait être compétitif face aux granulats terrestres disponibles. Toutefois, la demande prévisible en granulats marins le long de l’axe littoral serait largement insuffisante pour assurer la viabilité économique d’une telle filière., Le maintien d’une demande importante et la fermeture des carrières actuellement autorisées après 2040 pourraient néanmoins être favorables à l’émergence d’une filière de granulats marins guyanaise. Leur intérêt économique est donc essentiellement de long terme.
À ce stade de l’analyse, la faisabilité économique d’une filière de granulats marins reste également conditionnée par les modalités d’implantation technique de l’exploitation. Celles-ci dépendront en partie de la qualité des gisements marins visés, dont le potentiel reste à confirmer par des études géologiques complémentaires.
L’étude conclut par trois recommandations principales à destination des acteurs de la planification de l’approvisionnement en matériaux.
- Poursuivre l’acquisition de connaissances en mer. Les connaissances disponibles sur la qualité des gisements marins et sur la sensibilité des écosystèmes restent limitées. Des investigations géologiques et écologiques sont souhaitables pour répondre aux objectifs conjoints de développement de l’économie marine et de préservation de l’environnement.
- Construire une stratégie d’approvisionnement permettant la valorisation des carrières existantes. Une concertation associant exploitants, aménageurs, collectivités et partenaires surinamais permettrait de planifier les besoins futurs en granulats et de prendre en compte les carrières existantes. Un cadre unifié d’évaluation environnemental serait également souhaitable pour arbitrer entre les différentes sources d’approvisionnement.
- Préserver le potentiel en granulats marins pour un usage adéquat. Le potentiel économique que représentent les granulats marins guyanais pourra être mobilisé ultérieurement, pour un usage adapté à leur qualité. Il apparaît donc souhaitable d’anticiper dès aujourd’hui les éventuels conflits d’usage afin de préserver les possibilités d’exploitation.
Ainsi, les granulats marins constituent moins une solution de court terme qu’une ressource à préserver pour une exploitation future, après 2040. Des solutions complémentaires aux granulats marins pourraient également contribuer à sécuriser l’approvisionnement en matériaux de construction sur le long terme (recyclage, réemploi des matériaux, recours à la filière bois) pour réduire la pression sur les ressources naturelles.